Les Enfants de Gayant d'Emmanuel Prost

Publié le par Jean-Louis Dragon

Les Enfants de Gayant d'Emmanuel Prost

Mode PAL Livre lu en janvier 2016 - Éditions De Borée - Centre France Livres

Nombre de pages : 456

Présentation de l'éditeur :

La Grande Guerre terminée, Hélène, infirmière au Val-de-Grâce, se rend au chevet de sa mère, qui lui confie dans un dernier soupir qu'elle n'est pas sa vraie génitrice. Son père, Joseph, lui relate alors l'aventure de sa naissance, d'une mère internée dans un asile et morte dans un incendie. Embauchée à l'hôpital de Douai, Hélène fait la rencontre de Stéphane Lacasse, un copain d'enfance, mineur et tout juste de retour du front : le coup de foudre est réciproque. Lors d'une réunion pour la reconstruction des géants de Douai, les Gayant, Hélène, accompagnée de Stéphane, effraie un homme, Auguste Bellecourt, généreux donateur, qui croit voir en la jeune femme une revenante. Piquée au vif après ces deux aventures troublantes, Hélène décide de mener l'enquête…

Mon avis :

Emmanuel Prost revient à nouveau avec un roman qui parle d’une région qui lui est chère : le Nord-Pas-de-Calais. Si dans la Descente des Anges, l’intrigue se déroulait en partie dans le Pas-de-Calais, ici l’auteur met en avant sa voisine le Nord et plus particulièrement la ville de Douai et ses environs.

A nouveau, Emmanuel Prost prouve qu’il excelle dans les livres de fiction au fort penchant historique.

Ici encore, ça sent le terroir !

Et ce n’est pas dans le sens péjoratif du terme. D’une part, j’ai bien dit, ça sent le terroir et pas le pâté et d’autre part, non, Emmanuel Prost ne prend pas ses lecteurs pour des cornichons.

Ahahaha !

Trêve de plaisanterie, car ce roman est on-ne-peut-plus-sérieux. Il est même dramatique et empreint d’une douce nostalgie très, très chère à l’auteur.

C’est une fois de plus donc un retour vers le passé que ce dernier nous offre ici. Emmanuel Prost nous plonge à la fin de la première guerre mondiale en pleine épidémie de grippe espagnole, au temps des gueules cassées et des hospices qui dérangent, au temps des Corons et de ses mineurs de fond, au temps de la Good Ale et des Géants de Douai.

Pour moi, l’intérêt principal des romans d’Emmanuel Prost se situe dans l’atmosphère et dans les descriptions. L’ambiance est très dramatique pour ne pas dire mélancolique. Le décor est bien digne d’une fin de guerre : un décor ravagé. Les descriptions tendent toujours à rendre hommage. Comme dans la Descente des Anges, nous sommes invités ici à un devoir de mémoire.

Ce fut un régal de découvrir ou de redécouvrir Douai. Emmanuel Prost ne laisse rien au hasard et s’applique à conter la moindre anecdote pour notre plus grand plaisir. Il est donc bien sûr question des Géants de Douai ici, mais pas seulement ! Vous voulez en apprendre plus sur la Mer de Flines ?

Ainsi, nous avons presque toujours l’anecdote reliée à la description. Ça fait un bel effet carte postale pour tout dire !

Le décor est dressé, l’histoire peut commencer. Celle-ci est tout aussi intéressante. C’est celle d’une jeune infirmière qui va apprendre de sa mère gravement malade qu’elle a été adoptée… Enfin, pire qu’adoptée, mais ça vous verrez.

Emmanuel Prost nous enfonce dans une quête identitaire au pays des Ch’tis. Même si certaines ficelles paraissent un peu grosses au premier abord et que l’intrigue sonne un chouia rocambolesque, encore une fois il ne laisse rien au hasard et nous régale avec cette aventure pleine de rebondissements.

Enfin, le style de l’auteur est posé, marqué par une certaine sagesse et une maturité certaine. On sent très bien l’excitation qu’a dû ressentir celui-ci lorsqu’il nous fait découvrir une époque révolue, les fourmillements qui ont dû poindre au bout de ses doigts tandis qu’il tapait sur le clavier de son ordinateur (ou de sa vieille machine à écrire qui sait) toutes ses anecdotes d’un temps passé.

Avec Les Enfants de Gayant, Emmanuel Prost démontre qu’il est plus qu’un gars du nord d’adoption (en fin de compte Hélène, c’est lui.). Car même si cet enfant de Charlieu n’est devenu nordiste que lorsqu’il s’est marié, il prouve encore ici qu’il n’a jamais cessé d’être au fond ce qu’il a toujours été : un véritable Chtimi.

Note globale : 17/20

Publié dans Auteur Lettre P

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