Rouge de Carl Aderhold

Publié le par Jean-Louis Dragon

Rouge de Carl Aderhold

Mode SP livre lu en avril 2016 - Éditions Les Escales

Nombre de pages : 320

ISBN-10: 2365691935

ISBN-13: 978-2365691932

Présentation de l'éditeur :

En vidant la maison de son père qui vient de mourir, Carl retrouve un cahier d'enfant. Sur la première page, un titre écrit de sa main : " Histoire de ma famille ", et en dessous : " De Cologne à Paris, quatre générations d'Aderhold ". Lentement, les souvenirs remontent : ceux de son enfance, de sa famille, de leur malédiction.
Quel germe de fatalité instilla Peter, l'ancêtre fondateur, qui déserta l'armée allemande avant la Première Guerre mondiale pour devenir français ? Georges, le grand-père un peu terne, n'était-il pas condamné à l'échec, lui qui rêva un soir d'ivresse d'arrêter seul une colonne SS ? Et que dire du père, Pierre Decazes, comédien, communiste flamboyant, qui fit de sa vie et de celle de ses proches un théâtre engagé ?
Bercé par les paradoxes de l'idéologie et le besoin de fiction qui la sous-tendait, Carl Aderhold nous raconte une jeunesse française, mais aussi la naissance d'un écrivain pour lequel la remémoration des défaites est à la fois consolation et chant d'amour.

Mon avis :

Névroses poupres.

Voici un titre qui collerait aussi très bien à cet ouvrage magnifiquement bien écrit.
Un témoignage émouvant sur une enfance troublée.
Troublée par le militantisme exacerbé d’un père communisme pour qui une date d’entrée à la CGT valait mieux qu’une date de naissance, celle de ses petits-enfants en l’occurrence.
Un témoignage poignant sur une époque bouleversante avec l’impression pour le lecteur de se tenir derrière le voile, de découvrir les coulisses.
Un témoignage que je vous recommande également pour la plume. Oui, l’écriture ici est sublime. Les mots sonnent justes. C’est vraiment bien écrit.
Je n’avais jamais lu Carl Aderhold auparavant et j’avoue que je ne m’attendais pas à m’attacher autant à cet œuvre. J’ai vraiment été conquis par cette autobiographie.
Carl Aderhold n’est certes pas un débutant. Il a déjà quelques œuvres très remarqués comme Morts aux cons. Il est également éditeur.
C’est à la mort de son père, Pierre Decazes, un acteur de second rôle essentiellement, que le passé le rattrape.
Jaillit alors de nouveau ce que sa mémoire a enfoui au plus profond de son subconscient pour le submerger totalement.
Carl Aderhold n’a donc pas d'autres choix et doit affronter les démons de son enfance. Pour les exorciser, il les couchera sur papier et nous offrira par la même occasion ce magnifique roman.
Rouge.
Il raconte son enfance noyée dans l’obsession d’un père, mais pas seulement… Carl Aderhold remonte les origines de son nom pour expliquer la malédiction — celle qui rend la filiation impossible — qui frappe sa famille. Pour cela, il nous emmène jusqu’en 1864 et nous offre un voyage dans le temps retentissant.
Cependant, il est question avant tout ici du père de Carl Aderhold, Pierre Decazes de son nom d’acteur dont l’aura d’artiste et surtout de militant communiste a écrasé Carl pendant tout son enfance. À tel point qu’aujourd’hui, ce dernier crie sa haine pour le père.
Mais derrière cette haine se cache en réalité de l’amour, car Carl aimait réellement son père. Bien sûr, il a vécu dans la peur, dans la culpabilité, dans les interdits. Il a toujours tout fait pour être le digne fils communiste aux yeux de celui-ci parce qu’au fond, il aimait son père.
Il avait peur de ne pas être un bon fils. Et aujourd’hui, il éprouve de la colère, car jamais son père ne lui a démontré le contraire. Jamais ce dernier ne lui a témoigné son amour véritable.
Les exemples que nous sort l’auteur sont hallucinants et révèle une obsession chez Pierre Decazes assez effrayante.
Carl Aderhold a subi les interdits de l’idéologie communiste dès son plus jeune âge. Même s’il n’a manqué de rien et aux premiers abords et n’a pas été maltraité physiquement, psychologiquement il a été sérieusement marqué.
Son esprit s’est engourdi à tel point qu’il a fini par enterrer ses névroses au fin fond de son subconscient. Quand ces dernières ont ressurgi lors de la mort de son père, ça a implosé dans sa tête. Comme une fracture du psychisme.
On pourrait dire qu’il règle ses comptes. On pourrait croire qu’attendre que son père passe l’arme à gauche est un signe de facilité.
Mais il n’en est rien.
Et en définitif, Rouge est un manifeste d’amour.
Ce roman est une leçon pour tout les parents qui voudraient inculquer une quelconque idéologie à leurs enfants ou encore les façonner à leur image. Qu’en premier lieu, ils ne doivent pas oublier que le plus important est d
e les aimer, de les aimer pour ce qu’ils sont et surtout, de leur montrer cet amour.

Note globale : 19/20

Publié dans Auteur Lettre A

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