Nuit noire, étoiles mortes de Stephen King

Publié le par Jean-Louis Dragon

Nuit noire, étoiles mortes de Stephen King

Mode SP Livre lu en 2012 - Éditions Albin Michel

Nombre de pages : 450

ISBN-10: 2226239936

ISBN-13: 978-2226239938

Présentation de l'éditeur :

1922 ; Un fermier du Nebraska assassine sa femme avec la complicité de leur fils pour l'empêcher de vendre sa propriété à un éleveur de porcs. Le début d'une véritable descente aux enfers dans un univers de violence et de paranoïa. Big driver. Un auteur de polar se fait violer sauvagement au bord d'une route. Rendue à moitié folle par l'agression, elle décide de se venger elle-même de l'homme et de son effrayante complice... Fair extension. Un homme atteint d'un cancer, fait un pacte faustien avec un inconnu : en échange d'un peu de vie, il vend un ami d'enfance dont il a toujours été jaloux pour souffrir (ô combien !) à sa place... Un mariage parfait. Une femme découvre par hasard qu'elle vit depuis plus de vingt ans aux côtés d'un tueur en série. Que va-t-il se passer maintenant qu'il sait qu'elle sait...

Mon avis :

« Nuits Noires, Étoiles Mortes » est un recueil de quatre romans courts très réussi. En ce sens et sur la forme, il se rapproche pour moi plus de « Différentes Saisons » que de « Juste avant le Crépuscule » par exemple.
Sur le fond, on retrouve le génie de Stephen King qui, grâce à sa plume, arrive encore ici à faire passer des trames ordinaires en des drames extraordinaires.
Alors il est vrai que le thème qui revient souvent dans ses quatre romans courts est la vengeance, même si j'émets une réserve pour « Extension Claire » qui relate plutôt l'Envie et "Bon Ménage" qui appuie sur le fait « qu'il est impossible de connaitre complètement quiconque, y compris ceux que nous aimons le plus ».
Bien sûr, il est question de vengeance aussi dans ces deux romans courts alors ma réserve est toute petite.
Ce recueil m'aura aussi conforté dans l'idée que Stephen King se débrouille très bien avec les avancées technologiques. Malgré son âge, il se met toujours à la mesure de son temps. « Grand Chauffeur » en est un bel exemple, avec Tom le GPS et les passages sur « Bing » et "Google" entre autre.
Et il toujours nostalgique d'un passé révolu et arrive sans effort à nous plonger dans les Amériques des années 20 avec « 1922 ».
C'est d'ailleurs avec « 1922 » que démarre ce recueil dont l'idée de base m'a dérangé.
En effet, est-il vraiment possible de tuer sa femme et de demander de l'aide à son fils pour une simple histoire de terres et de déménagement ? Mouais bien sûr, si on croit que l'homme est bien capable du pire... un homme cupide, calculateur, sans cœur, ni âme, oui.
Néanmoins, ce n'est pas l'impression que m'a donné Wilfried James. Je n'ai pas eu l'impression que ce monsieur James était homme capable de commettre un tel crime avec une telle préméditation, j'ai trouvé alors l'excuse du crime et ses motivations trop légères à mon goût...
Il n'empêche que j'ai trouvé ce roman court très triste et très glauque. Formidablement détaillé, King ne nous épargne aucun détail, j'ai mis une semaine à le lire et j'ai trouvé sa lecture assez éprouvante plus pour son sens moral que pour sa forme. Une jolie claque donc.
Puis vient « Grand Chauffeur », le roman court qui prouve à quel point Stephen King se débrouille avec les technologies de pointes. En somme, si la plume de Stephen King donne du regain à ce roman, sur le fond « Grand Chauffeur » est un roman avec une trame tragique malheureusement banale. Ce qui fait l'originalité ici, c'est la plume, donnez la même idée de base à un autre écrivain et je suis sûr qu'on se retrouve avec un article de « Le Nouveau Détective ».
Malgré la plume géniale de Stephen King, j'aurai aimé avoir une autre fin, peut-être moins facile, et de meilleurs développements sur le pourquoi du comment du pourquoi du comment. Pourquoi ? Parce que voilà quoi.
« Extension Claire » est le roman court (c'est vrai presqu'une nouvelle ») du recueil qui me laisse le plus perplexe. Même si je comprends l'idée de base, le développement rapide et prévisible m'a laissé un peu pantois. Et même si la morale est là, la fin me laisse complètement sur ma faim. Peut-être est-ce aussi parce que Stephen King crée ici délibérément une injustice qu'il ne répare pas cette fois de sa propre plume ?
« Bon Ménage » est aussi une belle leçon de la vie. Stephen King a commis une injustice dans « Extension Claire » qui est réparée ici en prenant la défense d'une femme d'un tueur en série malgré elle et en prenant note de sa bonne foi.
Lu comme cela, vous pourrez être perplexe à l'idée d'entamer la lecture de « Nuits Noires, Étoiles Mortes ». C'est vrai, aucune des histoires présentes dans ce recueil ne m'a transcendé, aucune ne m'a pour autant déçu. Si l'on oublie les fins (trop, trop prévisibles), les quatre romans courts sont tous très bons.
Mais là où demeure l'intérêt de lire un Stephen King et encore ici, c'est de voir la capacité qu'il a d'étendre un fil conducteur complètement banal pour tisser autour de celui-ci des toiles complètement démentielles, un régal
pour les amateurs d'horreurs.
Et nul besoin de tours de passes-passes pour nous faire rêver, nul besoin de détectives extraordinaires, d'héros ou d'antihéros psychotiques armés jusqu'aux dents, d'elfes, de vampires etc. Non, l'horreur chez Stephen King est bien réelle, présente même autour de nous.
Et c'est sûrement cela qui est le plus à craindr
e.

Note globale : 15,5/20

Publié dans Auteur Lettre K

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