Popcorn Melody de Emilie de Turckheim

Publié le par Jean-Louis Dragon

Popcorn Melody de Emilie de Turckheim

Mode SP Livre lu en août 2015 - Éditions Héloïse d'Ormesson

Nombre de pages : 200

ISBN-10: 2350873285

ISBN-13: 978-2350873282

Présentation de l'éditeur :

" Dans la vie, un certain niveau de manque est une bénédiction. " Tom Elliott, la trentaine, est propriétaire de la dernière supérette de Shellawick, un bled paumé du Midwest, frappé par l'alcoolisme et le chômage, situé au milieu d'un désert de cailloux noirs infesté de mouches. 50% des habitants de Shellawick se tuent à la tâche dans l'usine de popcorn du groupe Buffalos Rocks, magnat industriel qui domine toute la région. Depuis des années, la bourgade se meurt et les commerces de Shellawick ferment les uns après les autres. Mais le coup fatal est porté par l'ouverture d'un immense supermarché ultramoderne juste en face du commerce de Tom. La descente aux enfers commence... Derrière les personnages burlesques, l'improbable décor et ses deux magasins, symboles de deux rapports totalement opposés à la consommation, à la vie, au besoin et à la satiété Popcorn Melody jette un regard comique sur notre société capitaliste et pointe du doigt l'anéantissement de la culture et des populations amérindiennes. Avec son univers déjanté et sa plume ô combien ciselée, Émilie de Turckheim donne un coup de pied bien placé dans notre confortable fourmilière.

Mon avis :

Popcorn Melody est une symphonie cinglante dans laquelle sont interprétées plusieurs tranches de vie. Des tranches de vie soufflées par un désert de cailloux, le Pierrier. C’est ce qu’on pourrait croire aux premiers abords, alors que la véritable raison du malaise ici, ce n’est pas la nature elle-même, mais l’homme et son instinct de consommation.

Ici, le décor a son importance, l’ambiance aussi. On avale les pages comme on avalerait du maïs grillé, et on fait passer le tout avec du Dry Corny (même si on ne sait pas du tout quel goût a cette boisson).

On en veut parce qu’on y croit, parce qu’on s’y croit, parce qu’Emile de Turckheim sait y faire pour nous faire croire.

C’est ça le talent.

Oui, vous l’imaginez, j’ai fortement apprécié le style de l’auteure qui est incisif et plein de folie avec un fond d’humour teinté de cynisme. Emilie de Turckheim tranche et elle n’y va pas de mainmorte. Elle s’enfonce souvent dans les méandres de l’esprit humain, dévoilant ses facettes les plus obscurs. Le flot de figures de style est parfois très dense, mais ses phrases ne sont pas vide de sens. Loin de là !

Le décor est donc un des points forts du roman. On se croit vraiment dans une bourgade perdue à la frontière d’un désert. En poussant un peu son imagination, on sentirait presque l’air chaud sur notre peau. Exquis et malsain.

Les personnages ne sont pas en reste et c’est en nous les décrivant que l’auteure nous fait l’étalage de son talent. Ces antihéros nous paraissent décalés et en dehors du monde réel (limite quatrième dimension, un rêve qui sait ?). C’est en eux qu’on retrouve cette pointe de cynisme. On ne peut pas s’attacher à eux, car Emilie de Turckheim s’attarde beaucoup sur leurs côtés hors du commun, des côtés pas forcément mauvais, mais très étranges.

L’intrigue est le point le moins développé, car c’est celui en fin de compte le moins important. Je trouve qu’il y avait matière tout de même à l’amplifier un peu plus. La fin notamment est brutale, peut-être arrive-t-elle trop vite ?

L’histoire de fond est d’une banalité cinglante (un gros supermarché qui fait fermer un petit commerce local, cela a été monnaie-courante partout ces trente dernières années). Mais ce n’est pas cela qu’il faut retenir, car c’est la manière qu’a l’auteure de creuser qui vaut son pesant d’or. Pas facile en plus, de creuser dans un pays où on ne trouve que des cailloux.

À la fermeture de ce bouquin, on garde tout de même un goût amer dans la bouche en raison de cette capacité qu’a l’auteur à nous ouvrir les yeux de façon à la fois douce et cruelle.

Une jolie surprise en tout cas ! Un livre à lire pour son style !

Note globale : 16,5/20

Publié dans Auteur Lettre T

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Le Chat du Cheshire 19/08/2015 11:48

Je note, je note :) !!

JLDragon 22/08/2015 11:15

:-)